Le cardiologue était-il fou?

Les gestes posés dépassent toute possibilité d’entendement. Ils ont été décrits au-delà des limites du tolérable sans que pour autant on ne puisse avoir le portrait précis de tout ce qui s’est passé ce soir là : ce serait beaucoup trop et superflu, disent en cœur les journalistes qui ont eu la pénible tâche d’assister au procès et d’en rapporter l’essentiel.

Cette histoire fait un grand nombre de victimes collatérales du seul fait d’être racontée. Il y a, dans l’auditoire, des personnes indirectement traumatisées d’avoir lu ou entendu des phrases prononcées aux premiers jours de cette tragédie ou durant l’interminable procès qui vient de se conclure. Nous sommes des êtres de langage et les mots peuvent provoquer des réactions vives et durables.

Pour ma part, c’est avec un soupir de soulagement que j’ai lu la nouvelle du verdict. Soulagement, non pas satisfaction. Le soulagement de savoir qu’enfin, cet épisode malheureux touche à sa fin. Enfin, je vais arrêter de me demander si le cardiologue était fou. Enfin, je peux arrêter de ressasser cette fois où j’ai appris les détails de  l’histoire et où je suis restée estomaquée au point d’atteindre mon plus haut niveau d’incompétence professionnelle.  Au terme de ce procès, les «j’aurais dû dire ceci ou agir comme cela» pour aider à donner un sens à cette tragédie n’ont plus lieu de perturber mes nuits. Un verdict est rendu. Le cardiologue était fou. Point. Je crois qu’un verdict de culpabilité aurait eu le même effet. Coupable. Point. Soupir de soulagement. Procès conclu.

Conclu? On nous dit aujourd’hui que «la population» est outrée et a perdu confiance en la Justice. Sur la foi des bulletins de nouvelles et des articles de journaux, «la population» condamne majoritairement le cardiologue pour meurtres au premier degré. L’expression «non-responsabilité criminelle» en fait bondir plusieurs, interrogés à vif, sur la rue, dans les parcs, sur les terrasses…

Comme si on venait d’apprendre qu’il était blanchi de tout blâme et qu’on était invité à faire preuve de clémence et de compassion envers lui.

Ce n’est pas de ça qu’il s’agit. Les mots qui nous racontent cette atroce histoire évoquent, sans que nous ne soyons personnellement concernés, des scènes d’une violence telle que certains se demandent encore comment se ramasser. Ce sont les gestes posés qui sont révoltants. Révulsants. Ce procès hallucinant nous les a rappelés chaque jour pendant des semaines. Au point de faire d’une tragédie sans nom un psychodrame collectif qui donnerait à chacun un droit de regard sur l’affaire et l’autorité de statuer sur la compétence du jury.

Après un si long procès et dans les circonstances, un verdict, quel qu’il soit, ne peut être qu’insatisfaisant. Aucun verdict ne permettra jamais de retourner dans le temps pour empêcher les événements de se produire.

Quand on aura laissé décanter la nouvelle, peut-être aura-t-on besoin de prendre le temps de se demander en quoi la couverture de ce fait divers aura servi l’intérêt public. Et, individuellement, à quoi nous a servi de suivre assidûment l’histoire d’un inconnu qui a gravement dérapé.

Pourrait-on accepter que ça n’ait servi à rien?

Pour certains, dont je suis, suivre le procès visait à endiguer un débordement psychique en essayant de comprendre l’insensé. Le verdict est tombé. L’affaire est clause. Il s’agit maintenant d’essayer de faire quelque chose avec le peu qu’on a pu en comprendre.

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Comments
One Response to “Le cardiologue était-il fou?”
  1. Bolduc Rachel dit :

    Il y a des moments que l’on peut comprendre mais encore là c’est très difficile. Ex : la mère ou le père de famille qui perd son emploi, sa maison et tout le reste? Se demande comment vont-ils y arriver? ne voit plus le bout du tunel tant qu’ils ont des dettes? Ne veulent pas que les enfants se ramassent dans des foyers autres que le leur, mettent fin à la vie des enfants et la leur. Le ressenti du parent ou des parents est comme si il(ils) se trouvait dans un trou noir ou cela est impossible d’en sortir, comme une peau gluante qui colle à toi et qui ne veut pas s’enlever. Je comprend cette souffrance.

    Lorsque l’on voit la souffrance de l’enfant dans un foyer d’acceuil, ou d’un centre de DPJ . On ne veut tellement pas que nos enfants vivre dans ces lieux. Alors! Si j’étais dans la situation ci-haut mentionné! Moi même j’y penserais deux fois? Je m’en excuse.

    Je sais aussi que l’amour entre deux individus peut être si grand que cela puisse nous aveugler à un point tel que l’on peut vouloir mettre fin à ses jours. Mais delà à mettre fin aux jours de nos enfants, parce nous sommes en peine d’amour, dans cette situation, j’ai beaucoup de misère.

    Par contre: que ce soit une situation où une autre, la personne qui survit doit être puni de son geste.

    Nos enfants nous les punissons lorsqu’ils nous blessent, font mal à un ami ou agissent mal? Non,

    Donc, celui qui survit doit être puni et surtout se faire soigner!

    Merci!

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