Je m’inquiète pour vous, amis Libéraux

Amis Libéraux,

Je suis fière d’avoir surmonté une phobie des araignées et de travailler fort pour maîtriser ma peur de l’avion. Aussi, je suis heureuse de ne pas être de ceux qui craignent d’inoffensives casseroles ou l’asphalte de la rue. Je ne suis pas non plus de ceux qui se plaignent du profilage politique, des dérives démocratiques, des arrestations arbitraires, ni de la stratégie de la sourde oreille que vous opposez au mouvement social actuel. Je suis d’accord pour trouver qu’il en résulte beaucoup de tapage et de turbulence, mais j’aime la créativité et l’intelligence fusant de partout et qui en sont le plus bel effet collatéral. Je crois aussi sincèrement que les victimes directes de brutalité et de salissage public sortiront grandies de leurs épreuves; je ne suis pas inquiète pour elles.

C’est pour vous, amis Libéraux, que j’éprouve une grande inquiétude. Me pardonnerez-vous d’avoir tant tardé à saisir l’ampleur de votre tragédie et de n’en avoir pris conscience qu’au début du mois de juin, avec la lettre de Monsieur Charest aux lecteurs français du journal Le Monde ?

Discours libéral sur des commissions d’enquête sur l’industrie de la construction et le financement des partis politiques par Marc Beaudet

Cette lettre est absolument bouleversante; je ne m’en remets pas.

Je ne cesse, depuis, d’entendre vos gémissements de détresse. Jean Charest si effrayé par les casseroles et les groupes d’extrême gauche que ses cheveux ne cessent de passer du gris au blanc et inversement; Christine Saint-Pierre terrifiée, au point d’en bégayer, par la violence et l’intimidation dont elle accuse Fred Pellerin; Raymond Bachand livrant à voix haute une bataille imaginaire contre les marxistes; Jean-Marc Fournier réinventant la langue pour faire de la désobéissance civile un synonyme de vandalisme; Michelle Courchesne gesticulant au point d’en perdre ses souliers; Yves Bolduc exprimant sa crainte des messages subliminaux contenus dans une affiche trouvée au domicile de quelqu’un…

Quelle tragédie ! Que peut-on dire en pareilles circonstances ? Les mots semblent si vains.  Je grimace de douleur tant votre souffrance collective est criante et vos appels à l’aide déchirants. Ça perce l’écran, comme disait Monsieur Charest à propos d’autre chose.

J’aimerais tant vous soulager. J’aimerais tant trouver les mots justes pour apaiser votre mal. Vous le savez depuis longtemps, mais souvenez-vous quand même d’une chose importante : le ridicule ne tue pas.

Nous sommes sans doute plusieurs à nous être occasionnellement sentis ridicules. Personne ne souhaite vivre pareille expérience et nous savons à quel point la forme bénigne de ce mal peut être incommodante et laisser des séquelles.

Le ridicule ne tue pas, mais souffrir de sa forme aiguë et contagieuse, je n’ose m’imaginer ce que c’est au quotidien. C’est très difficile à regarder de l’extérieur, en tout cas, je vous l’assure. Amis Libéraux, j’ai mal pour vous et je vous souhaite tout le soutien dont vous avez besoin pour vous rétablir. J’espère que l’expression de mon empathie saura vous parvenir et vous réconforter. Je vous souhaite de garder espoir et de trouver l’aide dont vous avez cruellement besoin.

Que vos supporters et vos électeurs répondent à vos appels, qu’ils sachent manifester la grandeur d’âme et l’humanité nécessaires, qu’ils cessent de tant vous en demander et qu’ils prennent bien soin de vous.

J’espère qu’ils savent qu’acclamer vos propos, vos politiques et vos stratégies empire encore votre état, parce que ça alimente votre illusion de n’être pas nus et de pouvoir vous draper d’un beau et bon bilan («8/10 !» s’est exclamé récemment un Jean Charest en tenue d’Adam).

Non. Je crois que s’ils veulent vous aider, ils doivent vous exprimer calmement, mais fermement, que le temps est venu de vous reposer, de prendre du recul et, peut-être, de vous réorienter au plan professionnel.

C’est en tout cas ce que je vous souhaite, du fond du cœur, à vous tous, amis Libéraux, que je sens chaque jour plus souffrants.

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