Vous ne tuerez pas la beauté de ce petit monde, Monsieur Sklavounos

Ce petit monde, c’est la société des nations.

Il y a les Italiens, les Portugais, les Grecs, les Pakistanais, les Indiens, les Ukrainiens, les Russes, les Algériens, les Tunisiens. Je dis sans gêne leur appartenance nationale d’origine, n’arrachez pas votre chemise; ils se regroupent eux-mêmes en clubs sociaux, associations, églises, mosquées…

Il y a aussi des Québécois, des Vietnamiens, des Coréens, de plus en plus de Français, des Haïtiens, des Africains du Cameroun, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Mali…  sans compter les autres et les apatrides.

Tous citoyens du Québec.

C’est très agréable de déambuler dans ce petit monde. D’une rue à l’autre, on a le sentiment de voyager et, quand on traverse l’immense parc qui se trouve au milieu, on n’en finit pas de se réjouir : l’odeur des merguez qui cuisent sur un BBQ, les magnifiques couleurs des saris indiens, les parties de pétanque, de criquet, de soccer, les joggeurs et cyclistes qui tournent autour du lac où de vieux messieurs viennent nourrir les canards. Les enfants de l’est, de l’ouest, du sud et du nord s’y amusent ensemble et, quand il fait soleil, bikinis et hijabs se retrouvent dans un même tableau.

Dans ce petit monde, au printemps dernier, la maman d’Anouar était fière des exploits de son fils. Pour souligner l’anniversaire de Christina, sa maman a amené des chips pour tous les enfants. Le petit Étienne a déménagé dans un appartement un peu plus loin.

Et aussi, ce printemps, les casseroles ont résonné du boulevard l’Acadie au boulevard Pie IX, du boulevard Crémazie à la rue Jean-Talon. Des hommes et des femmes, en toutes sortes de costumes, ont sorti leurs chaudrons pour se mêler à la fête.

Ce petit monde, Monsieur, il est beau. Des riches, même des très riches, marchent dans le même parc que des pauvres, même des sans-papiers. Des vieux, même des très vieux, nourrissent les mêmes canards que des étudiants, même du primaire.

Il est très beau, ce petit monde; on y mange de tout, on y sent de tout, on y voit de tout, on y entend toutes les langues.

Vous y avez été élu la dernière fois pour le représenter à Québec. Vous espérez répéter l’expérience cette fois encore. Alors, cette semaine, vous avez profité de la Fête de l’Indépendance Pakistanaise et de la Fête Nationale Indienne pour intensifier vos efforts de campagne auprès de l’électorat bigarré au nom duquel vous souhaitez prêter serment.

Vous avez fait du « bénévolat » à Afrique au féminin pour la distribution de sacs de provisions aux familles dans le besoin. C’est vrai qu’il y a beaucoup de familles dans le besoin par ici, et c’est votre parti qui était au pouvoir durant les 9 dernières années… Mais bon, c’est beau aussi, un candidat en jeans qui fait du «bénévolat» auprès des pauvres.

Ce qui est vraiment moins beau, c’est quand vous vous fâchez. Permettez-moi de citer le communiqué que vous avez aussi émis cette semaine:

«M. Sklavounos a également tenu à exprimer sa profonde stupéfaction envers ceux qui empruntent le langage révolutionnaire du printemps arabe dans le contexte démocratique québécois : « Je suis profondément attristé qu’on essaie de faire du pouce sur les véritables drames humains vécus par ceux qui se sont soulevés contre de régimes totalitaires ailleurs dans le monde.  La tentative de faire un lien avec le Québec constitue un grave manque de respect. C’est le pire exemple d’opportunisme que j’ai vu depuis que je fais de la politique active. »»

En tout respect, Monsieur, ne jouez pas avec la beauté de ce petit monde. Les gens s’y côtoient, s’y sourient, s’y parlent, y festoient et y ont joué de la casserole ensemble, pacifiquement. N’utilisez pas le printemps arabe et les tragédies humaines qui se jouent au Moyen-Orient pour essayer d’attirer à vous le vote de mes voisins et compatriotes. Ne jouez pas avec leurs sentiments en tentant de leur faire croire que ceux qui ne partagent pas votre idéologie seraient contre eux, insensibles aux réalités internationales et qu’ils manqueraient de respect envers les populations éprouvées.

Vous savez bien, Monsieur, que ce n’est pas le cas ; ne vous montrez pas indigne de ce beau petit monde où vous ne venez pas souvent. Ne tentez pas d’y implanter division, méfiance et discorde.

Que vous le vouliez ou non, le printemps québécois a bel et bien eu lieu. Les pommetiers du grand parc étaient en fleurs. Les voisins ressortaient leurs vélos. Les restaurateurs ouvraient leurs terrasses. Ça recommençait à sentir les merguez sur le BBQ. Et, tous les soirs, les gens reprenaient leurs accessoires musicaux pour protester en souriant contre les actions du gouvernement dont vous faisiez partie.

Avant que l’été québécois ne s’achève et qu’arrive un nouvel automne, je rappellerai à mes voisins et amis la grande et belle aventure que nous avons vécue ce printemps, ensemble, dans ce beau petit monde.

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Comments
6 Responses to “Vous ne tuerez pas la beauté de ce petit monde, Monsieur Sklavounos”
  1. En juin, un certain M. Yvan Loubier, économiste et conseiller principal au cabinet de relations publiques National, publiait dans La Presse des propos semblables à ceux de M. Sklavounos.Il y dénoncait les « cacerolazos » québécois comme  » une insulte à la mémoire (…) des Chiliens assassinés par les forces gouvernementales d’Augusto Pinochet ».
    Il en est toujours pour essayer de museler les Québécois qui n’appartiennent pas au troupeau de la majorité tristement silencieuse.
    Par respect pour les Arabes ou les Chiliens victimes de régimes totalitaires, nous devrions nous taire, nous qui « avons tout ».
    Or, au cours des années, les Chiliens eux-mêmes, les Argentins, les Espagnols, les Mexicains, les Uruguayens et même les Islandais ne se sont guère embarrassés de ces scrupules bien pensant. Les Chiliens ont jugé bon de recourir au cacerolazo pour protester contre la construction d’un barrage et supporter des protestations étudiantes (tiens donc!). Les Argentins y ont recouru pour protester contre les banques, la dévaluation du peso, le prix de l’électricité, la politique des taxes à l’exportation et, même dans les quartiers huppés, pour divers affronts allant du contrôle par le gouvernement Kirchner du marché des devises étrangères, aux réformes fiscales et aux accusations de corruption gouvernementale. Au Mexique, on a choisi ce moyen contre la répression policière lors d’une grève des enseignants et, en Espagne, pour protester contre la guerre en Iraq.

    Nous ne vivons pas dans une dictature et nous ne risquerons par d’y sombrer tant qu’il y aura des gens suffisamment courageux pour se tenir debout. Le Québec ce n’est ni le Moyen-Orient ni le Chili, mais la frustration, la douleur et la révolte ne se mesurent pas à ce qui les provoque. Ce sont des sentiments légitimes et ils le sont tout autant ici qu’au sein de n’importe quel peuple se sentant opprimé dans sa liberté et dans sa dignité. Se révolter c’est se respecter suffisamment en tant que peuple et en tant qu’individu pour prendre la parole et la rue s’il le faut.
    La démocratie ce n’est pas voter tous les 5 ans et laisser faire ; c’est aussi manifester son mécontentement.

  2. « Nous ne vivons pas dans une dictature et nous ne risquerons par d’y sombrer tant qu’il y aura des gens suffisamment courageux pour se tenir debout. » On peut aussi se sentir rassuré de voir le nombre d’articles et de commentaires intelligents qui circulent un peu partout pour déconstruire toutes ces tentatives de mystification. Par exemple: http://www.lapresse.ca/debats/commentaires-du-jour/201012/29/01-4356064-lenfermement-ideologique-au-quebec.php?fb_action_ids=148468868624533&fb_action_types=og.recommends&fb_source=other_multiline&action_object_map=%7B%22148468868624533%22%3A10150812799103872%7D&action_type_map=%7B%22148468868624533%22%3A%22og.recommends%22%7D&action_ref_map=%5B%5D

    Les théâtraux Loubier, Sklavounos et compagnie, qui semblent croire qu’ils s’adressent à des gens sans culture, rencontrent un auditoire éduqué, informé, branché sur le monde, au fait de l’histoire… et qui n’a clairement pas l’intention d’écouter passivement leurs sorties publiques.

    Merci pour ce commentaire qui remet les pendules à l’heure en ce qui concerne les cacerolazos du monde et rappelle l’importance de la révolte.

  3. Rachel Bolduc dit :

    J’ai beaucoup aimé votre vidéo, de voir les gens heureux, respectueux et amoureux . Ça c’est la vie! Ça devrait duré toujours.

  4. vatelechuza dit :

    Absolument d’accord avec le contenu de ton article Nathalie…juste . minutieux et esthetiquement bien donné à des ignorants comme moi que je n’ai aucune idée c’est qui ce Sklavounos, ni m’interesse!! , mais je connais beaucoup de « Sklavounos » dans mon long séjour en terre d’Accueil

    • Merci José. Les « Sklavounos », joli néologisme pour désigner des individus ambitieux qui, dans un but d’auto-promotion, espèrent attiser méfiance et discorde en nous faisant passer des vessies pour des lanternes !

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