Adieu Monsieur le Premier Ministre, on ne vous oubliera jamais

Demain vous allez quitter votre chère fonction. Sur cette estrade, vous ne monterez plus.

Vous fûtes un grand démocrate, qui croyait en l’importance de répéter, à chaque occasion, qu’il était Premier Ministre. Vous honoriez vos nobles fonctions et vous compreniez que démocratie ne signifie pas assujettissement à la volonté populaire. Vous aviez le courage de vos convictions.

Je garderai le souvenir d’un homme au destin tragique. Né un 24 juin, promis à une brillante carrière de Premier Ministre d’un Canada Progressiste-Conservateur, vous êtes monté à contrecœur sur l’estrade politique provinciale sous la menace d’un Oui au référendum de 1995.

Certes, vous avez sauvé le Canada, mais vous y avez laissé votre rêve d’enfance: celui d’en être le Premier Ministre. Être reçu à Buckingham Palace, à la Maison Blanche, discourir à l’O.N.U, parcourir le monde en Bombardier-Challenger et saluer la foule internationale à la sortie de l’avion, la cravate au vent… toutes ces douceurs vous ont été refusées.

Sacrifice titanesque, parce qu’au moment où Stephen Harper occupait la place qui vous revenait, vous étiez réduit à ne diriger qu’une province de gaulois, dénaturée par l’héritage de la Révolution Tranquille et la social-démocratie. Amer, mais fier, vous vous êtes promis de ne plus jamais céder à l’intimidation.

Je me souviendrai de vous comme d’un homme soucieux de prospérité économique. Votre connaissance des réalités internationales vous permit de comprendre que les Québécois payaient moins cher que d’autres pour les services qu’ils recevaient et qu’un rattrapage était de mise. Pourquoi payer moins, en effet, quand on peut payer plus? Vous compreniez également le fonctionnement intime des économies tiers-mondistes, basées sur la vente de ressources naturelles non transformées à des intérêts supérieurs, parce qu’étrangers. Vous en avez fait votre cheval de bataille, au nom de la création d’emploi, dans le Nord, autant que possible. «L’économie!», marteliez-vous sur les tribunes des Chambres de Commerce. «Il faut choisir l’économie!». Payer autant que certains, vendre autant que d’autres… Vous avez travaillé d’arrache-pied à rendre le Québec compétitif dans l’économie mondiale.

Je me souviendrai de vous comme d’un écologiste dans l’âme. Vous avez fait reculer l’un de vos ministres dans ses projets de vente du Mont-Orford; vous n’avez pas autorisé d’exploration gazière dans le parc national et deux réserves écologiques de l’île d’Anticosti; votre Plan Nord prévoyait protéger 12 % de la superficie de la forêt boréale. Votre amour de la terre et des vastes territoires naturels du Québec était manifeste dans votre soutien au projet de mise en valeur de la magnifique rivière Romaine.

Je me souviendrai de vous comme d’un Ministre de la Jeunesse dévoué à l’éducation et à la protection des étudiants. Initiateur de la Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu’ils fréquentent, vous avez su vous faire le défenseur infatigable de l’accès à l’éducation supérieure. Vous avez veillé sans fléchir à ce que tous puissent atteindre le CÉGEP et l’Université, contre toute entrave, par la force lorsque nécessaire. Sachez que votre posture présidentielle, votre statesmanship, vous assure une place dans l’Histoire du Québec, malgré votre destin malheureux.

Je garderai le souvenir d’un debater redoutable, qui maîtrisait l’art du déni, du clivage, de la projection et de l’identification projective. Soufflant le chaud et le froid tout au long de votre carrière politique, transformant instantanément une moue dégoûtée en rire débonnaire, vous avez subjugué vos collègues, dérouté vos interviewers, démoli vos oppposants, confondu la population. À elles seules, ces qualités auraient pu faire de vous un grand chef d’État. Mais votre destin cruel, encore une fois, en a décidé autrement et a mis sur votre chemin des adversaires inattendus.

Des étudiants sans passé ni expérience ont été incapables de saisir la grandeur de vos idées et l’importance des décisions que vous preniez pour le Québec. Ces enfants-rois se sont montré insensibles aux stratégies qui ont fait votre succès. Ils ont contrecarré le déni, ont résisté au clivage, n’ont eu que faire de la projection et se sont ri de l’identification projective. Vous avez démontré un courage politique exemplaire en diabolisant leurs porte-parole anarchistes et en criminalisant leurs protestations. La masse de ceux qui se sont joints à eux, dans la rue, nous a fait craindre l’insurrection.

Peut-être votre ultime erreur aura-t-elle été de ne pas en appeler au Gouvernement Canadien pour qu’il décrète la Loi sur les mesures de guerre contre les étudiants, les marxistes et les casseroles. Si seulement vous aviez pu surmonter le dépit de ne pas être vous-même le Premier Ministre Conservateur du Canada, si seulement vous aviez pu entendre les avis de l’un de vos députés assis loin derrière vous, peut-être seriez vous sorti victorieux de la lutte contre la violence de la rue, les perturbateurs de l’ordre établi et les idéalistes de tout acabit décidés à prendre leurs rêves pour des réalités.

Mais on ne refait pas l’histoire. Alea jacta est.

D’aussi loin que je me souvienne, vous faisiez partie du paysage politique et des personnages publics qui animaient le petit écran. Demain, vous deviendrez un souvenir et rejoindrez Bobino et Bobinette dans ma mémoire. Je vous souhaite de vivre heureux dans votre nouveau rôle de grand-papa et peut-être de lobbyiste pour l’industrie pétrolière. J’espère que vous quitterez sereinement la vie publique, libre de toute amertume et sans problèmes de conscience.

Adieu Monsieur le Premier Ministre

On ne vous oubliera jamais

Demain vous allez quitter votre chère fonction

Sur cette estrade, vous ne monterez plus

Je vous offre ces quelques fleurs, pour dire combien je vous…

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Comments
One Response to “Adieu Monsieur le Premier Ministre, on ne vous oubliera jamais”
  1. vatelechuza dit :

    Je partage de cette nostalgie que nous laisse un si sublime Cavalier de la Démocratie! Merci Nathalie de nous donner l’opportunité de pleurer le départ de l’homme le plus transparent et honnête qui nous a gouverné dans ce début de siècle. Sans doute il continuera ses nobles causes de l’autre côté de la Rivière des Outaouais. Merci !

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