Vie ou mort pour Jodi Arias ?

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Jodi Arias lors de son arrestation

Elle était jeune. Elle était jolie. Ses résultats au WAIS montrent une intelligence verbale nettement supérieure à la moyenne. Lors de son arrestation, Jodi Arias avait tout nié en bloc, sans doute convaincue d’avoir commis le crime parfait.

Pourtant, bientôt sept ans après le meurtre sordide et prémédité de Travis Alexander, elle attend aujourd’hui la décision sur la peine qu’elle devra servir.

Elle a déjà été reconnue coupable lors d’un premier procès en 2013. Le jury n’ayant alors pas pu parvenir à l’unanimité quant à la sentence, il aura fallu deux ans et un nouveau procès sur sentence pour en arriver là.

Jodi Arias sera-t-elle condamnée à la peine de mort ou à la prison à perpétuité ? Les médias américains font le pied de grue à la Cour Supérieure du comté de Maricopa, en Arizona, afin de relayer la nouvelle dès qu’elle sortira.

Le crime

Le 28 mai 2008, deux jours après un échange de courriels particulièrement virulent entre elle et Travis Alexander, un vol est rapporté au domicile de ses grands-parents où elle réside. Quelques items seulement ont été dérobés : un peu d’argent, un lecteur DVD et un pistolet de calibre .25. Les autres fusils de la collection du grand-père sont laissés là.

Durant la même période, Jodi Arias annonce son arrivée imminente à Ryan Burns, un résidant de l’Utah qui la courtise. Elle loue une voiture à Redding, en Californie, à plus de 150 km de Yreka, lieu du domicile de ses grands-parents. Elle part ensuite chez un ancien petit-ami pour lui emprunter 2 bidons d’essence. On croit qu’elle lui a laissé un lecteur DVD en échange. Elle s’arrête en chemin acheter un troisième bidon d’essence. Elle se teint les cheveux, de blond platine à brun.

Entre le 3 et le 5 juin, son téléphone cellulaire est éteint. Il n’est rallumé qu’à la frontière entre l’Arizona et l’Utah. Elle retourne quelques appels, prétend s’être égarée dans le désert, et laisse un message léger et anodin sur la boîte vocale de Travis Alexander. Elle s’en va ensuite rejoindre Ryan Burns.

Or, on sait maintenant qu’à peine quelques heures plus tôt, après avoir parcouru plus de 1500 km pour se rendre chez lui, elle a coincé Travis Alexander sous la douche, l’a poignardé à près de trente reprises alors qu’il tentait de fuir, l’a égorgé, lui a tiré une balle de calibre .25 dans la tête, et a ramené son corps dans la douche.

On ne l’a retrouvé que cinq jours après sa mort.

Le premier procès

La coupable a soutenu trois versions distinctes des événements. Elle a méticuleusement planifié son crime; aussi se montre-t-elle confiante lorsqu’elle affirme d’abord, avec aplomb, qu’elle était très loin de chez Travis Alexander au moment des faits. Elle croit prouver son innocence en produisant les reçus qu’elle a conservés de son voyage et qui ne comprennent aucun achat d’essence en Arizona.

Confrontée à l’abondance de preuves de sa présence sur les lieux, notamment à des photos accidentelles du meurtre en plein déroulement, elle changera de version et maintiendra pendant deux ans qu’elle était effectivement là, et qu’elle a tenté de sauver la victime de deux assaillants masqués – un homme et une femme – qui ont tenté de la tuer aussi.

Selon les journalistes auprès desquels elle a promené ce récit, non seulement était-elle très à l’aise devant les caméras, mais elle semblait éprouver un réel plaisir à se mettre en scène.

Confrontée à nouveau à la preuve accablante contre elle, elle reconnaît finalement sa culpabilité. Elle prétend toutefois qu’elle a agi en légitime défense et pond pour son procès une troisième version de son récit. Elle en a fait la longue narration durant les 18 jours où elle a pris la barre des témoins. Elle accuse Travis Alexander de violence conjugale, de déviance sexuelle et de pédophilie. Pour preuve, sa défense soumet l’enregistrement audio d’un échange téléphonique osé, visiblement pris à l’insu de la victime trois semaines avant sa mort.

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Le premier jury n’a majoritairement pas cru cette version. Huit jurés ont choisi de la condamner à la peine de mort. Cette peine requérait l’unanimité. On sait qu’au moins un des jurés dissidents, touché par la jeunesse et la douceur apparente de la coupable, s’est laissé convaincre qu’elle avait minimalement été victime de violence psychologique.

Le second procès

Il a fallu réunir un nouveau jury afin de déterminer si les facteurs atténuants justifient que soit épargnée la vie de Jodi Arias.

La défense en a présenté neuf, dont une enfance difficile, un diagnostic de syndrome de stress post-traumatique (dû à la prétendue violence de la victime), un diagnostic de trouble de personnalité limite, la violence physique et psychologique alléguée de Travis Alexander.

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Dr R. Geffner, PhD

L’essentiel de l’argument de la défense a consisté à décortiquer, par témoins experts interposés, les propos et les écrits de la meurtrière (journaux intimes, tests d’auto-évaluation, entrevues individuelles) pour y trouver des preuves de la déviance de Travis Alexander. Pour qui doute de la crédibilité de la défenderesse, une affabulatrice avérée, cet exercice d’analyse littéraire proposé par deux docteurs en psychologie spécialisés en violence conjugale (associés à une même institution) a de quoi étonner.

La seule et unique source de presque toute l’information colligée par ces psychologues est la meurtrière elle-même. Un seul long courriel de Travis Alexander à l’intention de celle qui le tuera, daté du 26 mai 2008 (deux jours avant le vol de pistolet chez les grands-parents), a été analysé, lu et relu, de telle manière à donner l’impression qu’il s’agissait de son mode habituel de communication. Il la traite de sociopathe, l’accuse d’être la pire chose qui ne lui soit jamais arrivée, de l’avoir blessé plus que ne l’a fait la mort de son père, il l’insulte et l’injurie.

Hors contexte, ce courriel semble très violent et dénigrant.

Mais on sait qu’elle le harcelait depuis longtemps. On sait qu’elle était obsédée par lui; ses journaux « intimes » (qu’elle a elle-même offerts à la police) ne parlent pratiquement que de lui. On sait qu’elle est entrée dans ses comptes bancaire, facebook, Myspace. On sait qu’elle s’est envoyé des messages flatteurs à partir de la messagerie de Travis Alexander, comme s’ils étaient de lui. On la soupçonne d’avoir crevé les pneus de sa voiture deux fois de suite, alors qu’il était avec une nouvelle amoureuse. On la soupçonne d’être l’auteure de messages anonymes menaçants reçus par cette jeune femme. On la soupçonne aussi d’avoir enregistré cette fameuse discussion intime à l’insu de sa victime, moins d’un mois avant sa mort, pour éventuellement s’en servir contre lui. Ce qu’elle n’a d’ailleurs pas manqué de faire durant son procès.

Mis dans ce contexte, le courriel d’un Travis Alexander excédé n’a pas le sens que lui donnent les experts en psychologie.

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Dr L. C. Miccio Fonseca, PhD

Par ailleurs, sur l’insistance de la défenderesse, les avocats ont passé beaucoup de temps à expertiser l’ordinateur de la victime à la recherche de preuves des allégations de déviance sexuelle et de pédophilie.

Rien, sinon des virus informatiques et des logiciels anti-virus, bizarrement apparus le 1e juin 2008, soit 3 jours avant sa mort. Un seul site pornographique semble avoir été visité ce jour là, pendant 45 minutes. Aucune trace de pornographie n’est repérable avant, ni après cette date, aucune trace de pornographie juvénile nulle part sur l’ordinateur.

Cette absence de preuve n’a pas empêché les témoins experts de dresser un portrait psychologique peu flatteur du défunt, qualifié par l’une de Dr Jeckyll et Mr Hyde, pour soutenir la théorie selon laquelle cet homme violent, abusif, déviant aurait traumatisé la coupable et l’aurait conduite au meurtre.

Le témoin expert de la poursuite, quant à elle, s’est bornée à dresser un profil de l’accusée, réfutant le diagnostic de syndrome de stress post-traumatique et avançant un diagnostic de trouble de personnalité limite. D’une intelligence verbale supérieure à la moyenne et intéressée à démontrer une version des faits susceptible de la disculper, elle aurait facilement pu déjouer les tests psychométriques utilisés par la défense.

Les expertises psychologiques

Les procès de Jodi Arias sont fascinants à plusieurs points de vue. Pour une première fois, n’importe quel quidam a accès à quantité d’éléments de preuve non filtrés, dont les plus intéressants sont sans doute les produits de la pensée de l’accusée : entrevues policières, témoignage en cour, journaux intimes, textos, entrées de blogue…

Grâce à ces éléments, les limites évidentes de l’expertise psychologique apparaissent au grand jour.

D’un côté, les libertés prises par les psychologues de la défense avec les écrits de Jodi Arias, leur confusion entre des fabrications littéraires et des faits, donnent une image peu flatteuse de leur profession. Il ne fait aucun doute que leurs prémisses, à savoir que les tests psychométriques sont quasi infaillibles (c’est-à-dire qu’ils ne peuvent être déjoués sans qu’ils ne s’en rendent compte) et que les allégations de la défenderesse sont vraies, ont entrainé une vision en tunnel les incitant à exclure de leur analyse bon nombre d’éléments contredisant leurs thèses.

Un exemple parmi les plus patents : interrogé au sujet d’un texto de Travis Alexander confiant à une amie sa peur qu’un jour Jodi Arias ne se suicide ou ne le tue, l’un des docteurs en psychologie formule qu’il n’a trouvé aucun élément  validant cette peur. En fait, ce qu’il a découvert réfutait ces propos. Ce psychologue n’a simplement pas tenu compte du fait que Travis Alexander a réellement été assassiné par celle qu’il disait craindre!

Dr J. Demarte, PhD

Dr J. Demarte, PhD

De l’autre côté, la psychologue convoquée par la poursuite a fait une démonstration si convaincante de ce qui a mené à son diagnostic, que la défense a choisi de s’en servir comme facteur atténuant: Jodi Arias rencontre les critères pour un diagnostic de trouble de personnalité limite, donc elle souffre d’un problème de santé mentale, donc elle n’était pas en parfaite maîtrise de ses moyens au moment du meurtre.

Cette stratégie de la défense montre les limites de l’exercice du diagnostic dans un contexte judiciaire. Faut-il rappeler que le DSM, sur lequel s’est appuyé la psychologue, est un manuel descriptif – non pas explicatif comme on le pense trop souvent. Il sert à donner un nom à un ensemble de symptômes. S’il est utile de savoir qu’une personne souffrait de dépression sévère ou de troubles psychotiques au moment d’un crime, et qu’elle n’était donc pas en mesure d’évaluer la qualité des gestes qu’elle posait, il en va tout autrement des troubles de la personnalité.

En l’occurrence ici, qu’une personne éprouve des sentiments de vide, qu’elle soit sujette à des changements d’humeur soudains, qu’elle soit tenaillée par la peur de l’abandon ou ait des relations interpersonnelles instables, n’a aucun lien direct avec le fait de commettre un meurtre.

Le diagnostic de trouble de personnalité limite sert à décrire certaines dimensions de la personnalité de quelqu’un. La mythomanie de Jodi Arias, la méticulosité de la préparation de son crime, le narcissisme dont elle fait preuve depuis son arrestation, sa manipulation des psychologues (on peut d’ailleurs facilement croire qu’elle leur est supérieure en intelligence), le machiavélisme à la base de ses accusations contre celui qu’elle a assassiné, ne font pas partie des critères diagnostiques  pour ce trouble tel que défini par le DSM. Autrement dit, ce diagnostic simplifie une réalité bien plus complexe et, surtout, il n’explique rien.

Pourtant, comme dans le cas du cardiologue Turcotte, c’est essentiellement sur la crédibilité de ces psychologues que reposera la décision des jurés. Qu’une seule des douze personnes achète la fable de la déviance de la victime ou endosse l’idée qu’une maladie mentale explique le crime, et Jodi Arias échappera à la peine capitale.

Si par contre aucun des membres de ce jury n’accorde foi aux expertises des docteurs en psychologie utilisés par la défense, ils auront un portrait très sombre de cette jeune femme qui, non contente d’avoir prémédité le meurtre d’un homme qui cherchait à se défaire de son emprise, a tout fait, y compris parader devant les caméras en se posant comme héroïne des victimes de violence conjugale, pour ruiner sa réputation avec les accusations les plus horribles.

Les probabilités que, condamnée à mort, elle soit un jour exécutée sont pratiquement nulles. La dernière exécution d’une femme en Arizona remonte aux années 1930. La différence entre cette peine et la prison à perpétuité tient aux conditions d’incarcération. Les condamnés à vie partagent leur quotidien avec d’autres détenus, ont accès à des revenus, à des thérapies de groupe, à des activités sociales. Les condamnés à mort passent le reste de leur existence en isolement et n’ont que très peu de contacts avec l’extérieur.

Travis Alexander

Travis Alexander

À tort ou à raison, la poursuite et la famille de Travis Alexander espèrent la peine de mort dans le but notamment de mettre fin à la vie publique de la meurtrière. Elle twitte, elle blogue, elle tient un site internet, elle vend des tableaux, elle sollicite et accorde des entrevues, elle autographie un manifeste qu’elle entend publier… Elle fait un spectacle de sa version déshonorante de sa relation avec Travis Alexander.

C’est dans l’espoir de faire taire celle qui s’est trouvé une identité dans l’infamie l’ayant rendue célèbre que les frères et sœurs de Travis Alexander, un chic type à l’avenir prometteur selon plusieurs, attendent aujourd’hui la décision du jury.

Note (5/3/2015): Finalement, après 5 mois de ce deuxième procès, Jodi Arias écope de la perpétuité par défaut: 11 jurés ayant voté pour la peine de mort contre un seul pour la prison à vie. Voir, au sujet du premier procès, Le destin de Travis Alexander

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Comments
2 Responses to “Vie ou mort pour Jodi Arias ?”
  1. sdeslauriers dit :

    Très bon Nath

    Tu devrais diffuser sur linkedin! __________________

    Stéphane Deslauriers Président Centaurus sdeslauriers@centaurus.ca http://www.centaurus.ca Canada: +1 514 349 6344 France: + 33 6 82 32 98 27

    « Quand tu veux construire un bateau, ne commence pas par rassembler du bois, couper des planches et distribuer le travail, mais réveille au sein des hommes le désir de la mer grande et large »

    Antoine de Saint-Exupéry

    [cid:E64581BC-8E20-44BB-9EC3-2E0958CF6D06]

  2. Maud Lefebvre dit :

    ben elle merite la prison a vie

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