Parenthèse

DES MOTS ET DES CHOSES : Ce titre fait bien sûr référence à un essai de Michel Foucault. Il s’agit d’un clin d’œil  à un homme qui, avec d’autres,  nous a appris à penser autrement les choses et les mots qui prétendent les désigner.

« Pour le reste, il a fallu se maintenir dans une sorte de relativité sans recours, ne chercher d’issue dans aucun coup de force psychologique, qui aurait retourné les cartes et dénoncé la vérité méconnue. Il a fallu ne parler de la folie que par rapport à l’«autre tour»* qui permet aux hommes de n’être pas fous, et cet autre tour n’a pu être décrit, de son côté, que dans la vivacité primitive qui l’engage à l’égard de la folie dans un indéfini débat. Un langage sans appui était donc nécessaire: un langage qui entrait dans le jeu, mais devait autoriser l’échange; un langage qui en se reprenant sans cesse devait aller, d’un mouvement continu, jusqu’au fond. Il s’agissait de sauvegarder à tout prix le relatif, et d’être absolument entendu.

Là, dans ce simple problème d’élocution, se cachait et s’exprimait la majeure difficulté de l’entreprise: il fallait faire venir à la surface du langage de la raison un partage et un débat qui doivent nécessairement demeurer en deçà, puisque ce langage ne prend sens que bien au-delà d’eux. Il fallait donc un langage assez neutre (assez libre de terminologie scientifique, et d’options sociales ou morales) pour qu’il puisse approcher au plus près de ces mots primitivement enchevêtrés, et pour que cette distance s’abolisse par laquelle l’homme moderne s’assure contre la folie; mais un langage assez ouvert pour que viennent s’y inscrire, sans trahison, les paroles décisives par lesquelles s’est constituée, pour nous, la vérité de la folie et de la raison. De règle et de méthode, je n’en ai donc retenu qu’une, celle qui est contenue dans un texte de Char, où peut se lire aussi la définition de la vérité la plus pressante et la plus retenue: «Je retirai aux choses l’illusion qu’elles produisent pour se préserver de nous et leur laissai la part qu’elles nous concèdent » »

Michel Foucault, Folie et Déraison. Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Plon, 1961, pp. I-XI. Préface de l’édition originale, retirée des rééditions.

* « Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou par un autre tour de folie, de n’être pas fou. »Blaise Pascal

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